1950 à 1970

II. Phase de rébellion des Afro-Américains

 

 

 a) Les afro-américains dans le système scolaire : 


           En 1954, la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People) remporte une grande victoire devant la Cour suprême, puisqu' elle déclare que la ségrégation scolaire va à l’encontre de la Constitution (arrêt Brown v. Topeka Board of Education). Décision confirmée par un décret de 1955 de l’administration Eisenhower : « La déségrégation scolaire devait se poursuivre aussi rapidement que possible ». Or, les États du sud se protègent derrière leurs lois locales pour empêcher les adolescents noirs d’étudier dans des écoles blanches. Ainsi, le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus se range du côté des ségrégationnistes afin de faire obstacle à l’intégration dans les écoles de  l’État.

 

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Photo : Le maire de New York Robert Wagner félicitant neuf adolescents qui intègrent la Central High School de Little Rock en 1958.



        En 1957, Les neuf de Little Rock étaient un groupe d'élèves afro-américains (Minnijean Brown-Trickey, Elizabeth Eckford, Gloria Ray Karlmark, Melba Pattillo Beals, Thelma Mothershed, Ernest Green, Jefferson Thomas, Terrence Roberts et Carlotta Walls Lanier), qui s'étaient inscrits à la Little Rock Central High School mais les partisans de la ségrégation raciale leur refusèrent l'entrée à l'école, provoquant l'intervention du président Eisenhower. Le 24 septembre 1957 l'armée doit les escorter pour leur permettre de rentrer dans le lycée de Little Rock (ils y restent tout le reste de l'année scolaire). Lors de leur arrivée, quelques élèves blancs décident de partir car ils refusent de s'asseoir à côté d'eux. Ainsi, le reporter Alex Wilson, venu couvrir l’évènement  agressé par la foule. A Little Rock, quelques jours avant la rentrée des classes, Faubus fait appel à la garde nationale de l’Arkansas, sous prétexte d’éviter les violences. Cette décision fait grand bruit et contraint le président Eisenhower d’envoyer un détachement du 101ème régiment aéroporté pour assurer la sécurité des neuf élèves noirs concernés. Cette crise est considérée comme l'un des évènements les plus importants du mouvement afro-américain des droits civiques.

 

          Cependant, afin d’éviter la déségrégation, le gouverneur Faubus demande la fermeture des écoles publiques lors d’une Assemblée d’État en août 1958 (129 000 voix favorable au refus de l’intégration raciale, 7 600 contre). De fait, les lycées de Little Rock restent fermés pendant l’année 1958-1959. Il faudra attendre 1970 pour que les écoles de Little Rock soient complètement « intégrées ». Le contrebassiste de jazz, Charles Mingus, dénonce l'attitude du gouverneur de l'Arkansas Faubus et se révolte contre toutes les injustices en consacrant une de ses œuvres phares au gouverneur de l’Arkansas. Dans son Fables of Faubus, il condamne les mœurs racistes de la société américaine.

 

 

elizabeth-eckford1.jpg Elizabeth Eckford devant le lycée de Little Rock, le 4 septembre 1957

 

 

            En 1997, dans un discours en hommage aux « neuf de Little Rock », le président Bill Clinton, tint les propos suivants : « Il y a quarante ans, une image a serré le cœur et troublé la conscience de notre nation, une image si puissante que la plupart de ceux qui l’ont vue alors s’en souviennent encore. Une jeune fille de 15 ans, habillée d’une robe fraîche blanche, avec seulement un cahier, entourée par des tas de gens, garçons et filles, hommes et femmes, soldats et policiers. Elle garde la tête haute, regarde droit devant elle. Et elle est seule, complètement seule. Elle fut rejetée par des gens qui avaient peur du changement, qui agissaient par ignorance et qui haïssaient tout simplement ce qu’ils ne pouvaient pas comprendre. L’Amérique la vit, assiégée et livrée aux sarcasmes à cause simplement de la couleur de sa peau, et cette image nous troubla au plus profond de nous même ».

 

 

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                                                                                                                             1957 © Douglas Martin

 

 

             Ces propos valent aussi pour la photographie ci-dessus. On y voit une jeune lycéenne de quinze ans, Dorothy Geraldine Counts, harcelée par une bande de jeunes blancs excités qui souhaitent empêcher son intégration dans la Harding High School de Charlotte, en Caroline du nord (1957). Cette image, reprise dans de nombreux quotidiens américains, souligne les difficultés rencontrées par les autorités fédérales pour faire appliquer les lois interdisant la ségrégation scolaire dans le pays, particulièrement dans les États du sud.

 

Ruby

 

                     Ruby Bridges Hall, née le 8 septembre 1954 à Tylertown, au Mississippi, déménagea avec ses parents à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, à l'âge de six ans afin d'intégrer un nouveau système scolaire de la Nouvelle-Orléans. Elle devint alors la première enfant noire à aller à la William Frantz Elementary School, et la première enfant afro-américaine à intégrer une école blanche en Louisiane. À cause de l'opposition des blancs, elle avait besoin de protection pour entrer à l'école. mais, comme les officiers locaux et de l'État refusaient de la protéger, elle était accompagnée par des Marshall fédéraux. Elle n'avait pas été prévenue de la foule de racistes enragés qu'elle devrait traverser pour atteindre l'école. Comme elle le décrit, « dans la voiture, je pouvais voir la foule, mais puisque je vivais à la Nouvelle-Orléans, je croyais que c'était mardi gras (...) Ils lançaient des choses et me criaient dessus ». En novembre 1960, des officiers de police fédéraux escortent Rudy Bridges, d’une école élémentaire de la Nouvelle-Orléans.

 

Ruby Bridges, vit toujours à la Nouvelle-Orléans. Elle est maintenant la porte-parole de la Ruby Bridges Foundation, fondée en 1999 pour encourager « les valeurs de la tolérance, du respect et de l'appréciation des différences ». Pour la fondation, « le racisme est une maladie importante ». Une nouvelle école élémentaire dédiée en l'honneur de Ruby Briges située en Alameda, Californie, le 27 octobre 2006.

 

 

b) Mouvements anti-ségrégationniste afro-américain :

 

                Nous allons voir dans cette parti, le mouvement du Black Power et du Black Panther Party contre la ségrégation, ainsi que leurs adhérents  comme Malcolm X ou Martin Luther King, figures célèbres de la lutte anti-ségrégation.

Le terme Black Power a été lancé par Stokely Carmichael en 1966 et recouvrait la position de divers mouvements politiques, culturels et sociaux noirs aux États-Unis pour luttaient contre la ségrégation raciale. Le Black Power devint mondialement connu aux Jeux Olympique d'été 1968, lorsque deux athlètes noirs des États-Unis, Tommie Smith et John Carlos montent sur le podium en brandissant leurs mains gantées puis baissant les yeux devant la montée du drapeau américain pour exprimer leur colère contre la ségrégation. Ce mouvement des droits civiques aux noirs est représenté par Martin Luther King et Malcolm X. le Black Power désignait notamment la nécessité de s'organiser de façon non-mixte afin d'éviter une domination insidieuse des Blancs dans les organisations des droits civiques ; cette organisation sur une base « raciale » n'excluait nullement la coopération avec des mouvements blancs. Ils n'avais pas pour but de montrer une quelconque suprématie noir ni même un séparatisme radical.

 

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           Le Black Panther Party (à l'origine le Black Panther Party for Self-Defense) est un mouvement révolutionnaire afro-américain formé en Californie en 1966 par Bobby Seale (1936) et Hurey P. Newton(1942-1989) l'organisation atteint une échelle nationale avant de s'effondrer à cause des actions menées par l'État, en particulier le FBI (Federal Bureau of Investigation). L'organisation est connue pour son programme « Free Breakfast for Children » (petit déjeuner gratuit pour les enfants).

 

Le Black Panther Party est le résultat de la rencontre de deux jeunes militants de la cause noire, Huey P. Newton et Bobby Seale, à Oaklanddans en Californie. Ils se seraient rencontrés en 1962 lors de la conférence organisée par l’Afro-American Association (AAA), (une association née sur le campus de Berkeley en 1961 dont l’audience était importante dans le sud de la Californie). Son leader, Donald Warden, était l'une des figures locales de la communauté noire. Newton, étant plus radical que Seale, s'intéresse au nationalisme noir prôné par Malcolm X. Les deux hommes se détachent rapidement de l’AAA pour rejoindre le (RAM) Revolutionary Action Movement qu’ils quittent aussi rapidement, critiquant sa démarche trop tournée vers la réflexion théorique et son incapacité à porter son action sur le terrain pour résoudre les problèmes concrets rencontrés par les plus pauvres des afro-américains.

 

               L’emblème et le nom de l’organisation s’inspirent directement de la Lowndes County Freedom Organization, un parti né en 1965, une organisation luttant pour les droits civiques. Lors de leur passage dans le comté de Lowndes en Alabama, composé en majorité de Noirs mais dirigé par des démocrates blancs. La loi de l'Alabama oblige tous les partis à présenter une identification visuelle pour les votants analphabètes. Il choisissent comme symbole une panthère noire.

 

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               Le parti des Black Panther party a été fondé sur un programme comportant dix points (Ten Point Plan). Ce plan fut l'un des documents centraux du parti. Il se partage en deux parties : « Ce que nous voulons » et « Ce en quoi nous croyons ».


Le programme en 10 points du Black Panthers Party for Self-Defense


1. Nous voulons la liberté. Nous voulons le pouvoir de déterminer la destinée de notre communauté noire. Nous croyons que le peuple noir ne sera pas libre tant qu'il ne pourra pas déterminer sa destinée.

 

2. Nous voulons le plein emploi pour notre peuple. Nous pensons que le gouvernement fédéral est responsable et obligé de donner à chaque homme un emploi ou un revenu garanti. Nous pensons que si l'homme d'affaire blanc ne permet pas le plein emploi, alors les moyens de production devront lui être retirés et confiés à la communauté afin que le peuple puisse s'organiser, employer tout le monde et permettre de meilleures conditions de vie.

 

3. Nous voulons que cesse le pillage de la communauté noir par les Blancs. Nous croyons que ce gouvernement raciste nous a volés et aujourd'hui nous demandons ce qui nous est dû, quarante acres et deux mules. Quarante acres et deux mules, c'est ce qu'on nous a promis il y a cent ans, en réparation pour le travail des esclaves et le meurtre massif du peuple noir. Nous accepterons un paiement en argent, qui sera distribué à nos nombreuses communautés. Les Allemands aident aujourd'hui les Juifs en Israël. Les Allemands ont assassiné six millions de Juifs. L'Amérique a pris part dans l'assassinat de plus de cinquante millions de Noirs ; c'est donc une modeste requête que nous faisons.

 

4. Nous voulons des logements décents conçus pour abriter des êtres humains. Nous croyons que si le propriétaire blanc ne donne pas de logements décents à notre communauté noire, alors les logements et la terre doivent devenir des coopérative pour que notre communauté, avec l'aide du gouvernement, puisse construire des logements décents pour les siens.

 

5. Nous voulons l'éducation de notre peuple, un enseignement qui nous apprenne la véritable nature de la société américaines décadente. Nous voulons un enseignement qui nous apprenne notre véritable histoire et notre rôle dans la société d'aujourd'hui. Nous croyons en un système éducatif qui donne à notre peuple une connaissance de soi. Si un homme ne sait rien de lui-même ni de sa position dans la société et dans le monde, il n'a que peu de chance de se lier à autre chose.

 

6. Nous voulons que tous les Noirs soient exemptés du service militaire. Nous croyons que les Noirs ne devraient pas être forcés de se battre pour un gouvernement raciste qui ne nous défend pas. Nous ne nous battrons pas contre d'autres peuples de couleur qui, comme les Noirs, sont les victimes du gouvernement raciste de l'Amérique blanche. Nous nous défendrons contre la force et la violence de la police et de l'armée raciste, par tous les moyens nécessaires.

 

7. Nous voulons la fin immédiate des la BRUTALITÉ POLICIÈRE et du MEURTRE des Noirs. Nous croyons que nous pouvons mettre fin à la brutalité policière dans la communauté noire en organisant des groupes d'autodéfense dédiés à la défense de la communauté noirs contre l'oppression et la brutalité de la police raciste. Le second amendement de la Constitution des États-Unis donne le droit de porter des armes. Nous pensons donc que tous les Noirs devraient s'armer pour l'autodéfense.

 

8. Nous voulons la liberté pour tous les hommes noirs détenus dans les prisons fédérales, d’États, de comté et municipales. Nous croyons que tous les prisonniers noirs devraient être libérés des nombreuses prisons car ils n'ont pas reçu de procès juste et impartial. Nous croyons que tous les prisonniers noirs devraient être libérés des nombreuses prisons car ils n'ont pas reçu de procès juste et impartial.

 

9. Nous voulons que tous les Noirs, lorsqu'ils comparaissent devant un tribunal, soient jugés par un jury composé de leurs pairs, ou par des gens issus de la communauté noire, comme le stipule la Constitution des États-Unis. Nous croyons que les tribunaux devraient suivre la Constitution des États-Unis pour que les Noirs puissent recevoir des procès justes. Le quatorzième amendement de la Constitution américaine donne à chaque homme le droit d'être jugé par un jury composé de ses pairs. Un pair est un personne qui a des origines économiques, sociales, religieuses, géographiques, environnementales, historiques et raciales similaires à celles de l'accusé. Pour cela, le tribunal devra choisir un jury de la communauté noir dont est originaire l'accusé. Nous avons été, et sommes toujours jugés par des jurés blancs qui n'ont aucune compréhension de la communauté noire et de ce qu'il se passe dans l'esprit de l'homme noir moyen.

 

10. Nous voulons de la terre, du pain, des logements, un enseignement, de quoi nous vêtir, la justice et la paix (et comme principal objectif politique : un plébiscite supervisé par l'Organisation des Nations unies, se déroulant dans la colonie noir et auquel ne pourront participer que des sujets noirs colonisés afin de déterminer la volonté du peuple noir quant à sa destinée nationale).

 

Source : PANTHERES NOIRES, Histoire du Black Panthers Party par Tom Van Eersel

 

              En janvier 1967, le parti ouvre officiellement son premier bureau à Oakland. Il entreprend quelques mois après la création de patrouille visant à surveiller les agissements de la police de la ville, appelé «pigs » (cochon). L’action est censée répondre au septième point de son programme : « Nous exigeons la fin immédiate des brutalités policières et des assassinats de Noirs ».


               Peu à peu la situation des Afro-américains s'améliore : leur intégration sociale progresse grâce à la Seconde Guerre Mondiale faisant entrée 700 000 Noirs dans l'Armée en 1944. La guerre a tendance à souder la nation, même si les émeutes raciales éclatent. Roosevelt met alors en place des mesures pour limiter les discriminations dans l'administration fédérale. Pour cela en 1942, le Congress of Racial Equality est fondé pour lutter contre la discrimination dans les bâtiments publics du Nord du pays. Pendant l'Entre-deux-Guerres plusieurs milliers de Noirs quittent le Sud pour travailler dans les métropoles californiennes. C'est ainsi que beaucoup de choses ont changé depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale, Truman commence la déségrégation dans les troupes armées, et par la suite, en 1954, la Cour Suprême ordonne la fin de la ségrégation au sein de toutes les écoles.

 

               En 1963, une marche apporte 250,000 personnes à Washington pour écouter le discours de M.L King « i have a dream » : portant sur l'unification des blancs et des noirs en Amérique, permettant aux All Blacks l'égalité de leur droit civique. Cette loi permet donc de déclarer la discrimination illégale reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l'origine national. Elle est conçue au départ pour protéger les droits des Afro-américains. Le 2 juillet 1964, le Congrès vote un nouveau Civil Rights Act, signé par le président Lyndon B. Johnson qui est cette fois soutenu par la Cour Suprême avec le Voting Rights Act (le droit de vote) de 1965 la fin à la ségrégation. Les lois "Jim Crow", qui régissaient la ségrégation dans le système éducatif notamment, sont dès lors anticonstitutionnelles. Martin Luther King rencontre le 7 mars 1965 le Président Lindsay Johnson. Cela marque le premier pas vers une implication du Président en faveur de la lutte pour les droits civiques.

 

       Sceau et devise des USA 

- E Pluribus Unum : Un à partir de plusieurs        

Embleme



c) Les évènements marquant de la rébellion :



  • La vague des sit-in : L'organisation de sit-in - occupation pacifique de lieux publics ségrégués  - constitua une autre forme d'action. Ce n'était pas une innovation radicale : Gandhi et les indépendantistes indiens y avaient eu recours en Inde avant la guerre, ainsi que ponctuellement le Congress of Racial Equality (CORE). Fondé en 1942 par des étudiants de l'université de Chicago, le CORE entendait appliquer la doctrine de la non-violence de Gandhi à la situation américaine. La vague de sit-in  commença en février 1960 lorsque quatre étudiants noirs de Greensboro, en Caroline du Nord, s'assirent dans la cafétéria d'une magasin Woolworth's réservée aux Blancs. Personne n'osa les en expulser. Le lendemain les protestataires étaient dix-neuf, quatre-vingt-cinq le surlendemain, et très vite les sit-in s'étendirent à toute la région. (Cette histoire a inspiré une chanson : ici)  Une nouvelle association, plus radicale que la SCLC  de King, émergea du mouvement des sit-in : le Student Non-Violent Coordinating Commitee (SNCC, que l'on prononce "snick") fondé en avril 1960 en Caroline du Nord par une centaine d'étudiants. Les principes de non-violence exigeaient de ne pas répondre aux provocations de la foule et de ne pas bouger quoi qu'il arrive. Ce n'était pas chose facile lors des sit-in organisés dans les zones des cafés réservées aux Blancs. Il fallut du courage et du sang froid aux militants du CORE (ci-dessous) qui occupèrent la cafétéria du Woolworth's de Jakson en mai 1963 pour se laisser asperger de sodas et d’aliments sans riposter, parmi eux se trouvait Anne Moody (au fond), connue pour son récit autobiographique, Coming of Age in Mississippi.

 

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  •  Les voyages de la liberté : Les sit-in n'étaient pas sans risque - certains manifestants se faisaient expulser sous une pluie de coups - mais les freedom rides (" les voyages de la liberté") du SNCC et du CORE mirent réellement les militants en danger. Ces freedom rides, rassemblaient des jeunes, Noirs et Blancs confondus, les riders, qui voyageaient ensemble en bus à travers le Sud, afin d'apporter leur soutien à la population noire et défier les lois de la ségrégation. Le premier bus quitta Washington pour la Nouvelle-Orléans le 4 mai 1961 : le voyage fut émaillé de violences, car les Blancs racistes et les autorités entendaient mettre fin à cette provocation car les Freedom rides furent considérés comme une intolérable provocation par les partisans de la ségrégation, déterminés à les arrêter par tous les moyens. Le 13 mai, King accueillit chaleureusement à la gare routière d'Atlanta et les mit en garde : " Vous ne traverserez pas l'Alabama ", la prévision se vérifia le lendemain. Près de la petite ville d'Anniston (Alabama), le 14 mai, une foule enragée mit le feu au bus et tenta de bloquer ses portes pour que les passagers brûlent vifs.  Un policier parvient à les faire sortir in extremis et à éviter leur lynchage. Les riders blancs étaient particulièrement visés, car considérés comme des traîtres à leur "race" . Leur vie étant en danger le voyage s'interrompit à Birmingham où des membres du Klan les attaquèrent à nouveau, plusieurs d'entre eux furent hospitalisés : les riders gagnèrent la Nouvelle-Orléans en avion. Mais d'autres voyages s'organisèrent. Le 17 mai, des étudiants partirent de Nashville, pour être arrêtés à Birmingham, emprisonnés puis relâchés par le chef de la police locale, " Bull " Connor, exaspéré par les freedom songs ("les chansons de la liberté") dont le fameux We shall overcome (ci-dessous) qui résonnaient dans sa prison. 
 

 

 

  • Les grandes campagnes militantes des années 1960 : Plusieurs campagnes militantes furent organisées au début des années 1960, généralement par l'action conjointe de la SCLC, du CORE et du SNCC. Les villes et les méthodes d'action étaient stratégiquement choisies pour avoir le plus grand retentissement médiatique et politique. Au printemps 1963, la police de Birmingham utilisa des lances à eau redoutables (50 kilogrammes de pression par centimètre carré), des gaz lacrymogènes, des chiens d'attaque. Le spectacle des manifestants lacérés par les crocs des chiens et culbutés par les jets d'eau fit le tour du monde (voir ci-dessous).  Plus de trois mille personnes furent brutalisées et emprisonnées. C'est lors de son incarcération à Birmingham que Martin Luther King écrivit sa fameuse "lettre de la prison de Birmingham"  où il affirmait la nécessité de la désobéissance civique et des actions de protestation non violentes plutôt que comme on le lui suggérait, de miser patiemment sur le juge et le législateur.  De plus en 1963, King et Fred Shuttlekeworth (un pasteur local membre de la SCLC) qui avait échappé par miracle à plusieurs attentats du KKK. Ensemble, ils mirent au point le projet " C " (comme confrontation) pour dénoncer au grand jour les pratiques violentes du shérif de la ville " Bull " Connor, et de ses hommes. Connor ne croyant qu'à la force pour "remettre les Noirs à leur place" . Face aux manifestants, y compris les enfants, la police de Birmingham eut recours à sa violence habituelle.
 
 
Connor
 
 
  • Le 15 septembre 1963, trois hommes du Klan dynamitèrent une église baptiste de la ville, connue pour être un centre actif du mouvement des droits civiques. Quatre adolescentes, âgées de 11 à 14 ans, furent tuées par l'explosion. Le même jour, la manifestation de protestation se solda par la mort de deux autres jeunes, de 13 et 16 ans, tués par la police. Les évènements de Birmingham, qui valurent à cette ville d'être baptisée "Bombingham", choquèrent les américains et accélèrent le démantèlement de la ségrégation locale et dans le reste du sud. 
 
  •  C'est sous la présidence de Lyndon Johnson que les droits civiques enregistrèrent leurs avancées les plus significatives, avec les lois de juillet 1964 et de juillet 1965. A Selma, l'objectif était d'inscrire la population noire locale sur les listes électorales. Seuls 1% des habitants noirs pouvaient voter, car la commission d'inscription n'ouvrait ses potes que deux jours par mois, selon des horaires imprévisibles. Grâce aux marches de protestation de Selma, le président Johnson signait la loi sur le droit de vote. Le Voting Rights Act de juillet 1965 interdisait les stratagèmes juridiques  visant à priver les Noirs du droit de vote. Les Noirs américains étaient devenus des citoyens de plein droit. De plus,  il nomma Thurgood Mashall, le chef des juristes de la NAACP, à la Cour suprême, faisant de lui le premier Afro-Américain de cette institution.

 

  • Les votes  historiques du Civil Rights Act en 1964 et du Voting Rights Act l'année suivante ne concernaient pas les Noirs du Nord, et plus particulièrement les jeunes, qui se sentaient politiquement délaissés se révoltèrent. Ce qui créera des émeutes qui se passer toujours de la même manière : une confrontation entre la police et de jeunes Noirs ; un rassemblement, des altercations entre la population et les forces de l'ordre, l'arrivée des renforts policiers, des jets de bouteille ou de pierres, et une montée en violence rapide pouvant se conclure par des tirs à la balle réelles. Ce fut le cas par exemple :   en juillet 1964 à Harlem (1 mort), en Août 1965 à Watts, le grand quartier noir de Los Angeles (34 morts). L'émeute de Detroit fut encore plus violente : elle commença à l'aube du 23 Juillet, après une descente de police brutale dans un bar clandestin. Quarante-trois personnes furent tuées lors des six jours d'émeutes, marqués par le déploiement des dix-sept mille agents des forces de l'ordre. Les émeutes gagnèrent les quartiers noirs de tout le pays : on en dénombra cent trois pendant l'été. 
 
 
 
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