1970 à nos jours

III. Une nouvelle visibilité politique mais des difficultés sociales

              Après la conquête des droits civiques, les Noirs américains sont entrés dans une nouvelle phase de leur histoire. Au nombre de 22,6 millions dans les années 1970, ils sont aujourd'hui près de 40 millions, soit 13% de la population totale contre 11% quarante ans auparavant. Cette augmentation relative s'accompagne d'une hétérogénéité sociale culturelle plus grande. Si l'élection d'Obama est un moment historique dans la conquête de l'égalité, les Noirs les plus pauvres restent toujours socialement très marginalisés. 

 

             La probabilité de voir un président noir s'installer à la Maison Blanche paraissait inconcevable jusqu'en 2008, lorsque Barack Obama, au terme d'une campagne haletante, fut élu président des États-Unis. Comme beaucoup de Noirs éduqués, il a bénéficié des programmes d'affirmative action mis en place après 1965

 

a) La classe moyenne noire et l'affirmative action :

 

              C'est à partir des années 1970, qu'on assista à une consolidation de la classe moyenne-supérieure noire, qui accéda à des domaines jadis réservés aux Blancs, en particulier dans la fonction publique  moyenne et supérieure et dans les grandes entreprises. Ce développement fut favorisé en grande partie par la mise en place des programmes d'affirmative action à partir de 1965. L'affirmative action, que l'on traduit en français par " discrimination positive ", recouvre , aux États-Unis, un ensemble de mesures qui accordent aux membres de groupes ayant été soumis dans le passé à un régime juridique discriminatoire un traitement préférentiel dans l'attribution de certains bien. Le dispositif s'applique à l'accession aux emplois publics, à l'admission dans les universités et à l'attribution de marchés publics. A partir de 1965, l'affirmative action a pris une forme plus "énergique", visant à recruter les candidats en fonction, notamment, mais pas exclusivement, de leur identité "raciale". Il s'agissait de contribuer à la "diversité"  (terme devenu officiel en 1978 par l'arrêt Bakke de la Cour suprême) en prenant en compte cette identité dans le processus de sélection, la diversité état désormais considérée comme une chose positive pour tous les corps sociaux. De plus en 1971, la Cour suprême a autorisé le busing c'est-à-dire l'affectation des enfants dans des écoles éloignées de leurs quartiers d'origine pour favoriser la mixité raciale - ce qui supposait de réorganiser les transports scolaires pour emmener les enfants noirs dans des écoles blanches et vice-versa. Ce fut d'abord le cas à Charlotte, puis dans d'autres villes. A Springfield et Boston, le busing suscita des oppositions violentes. Le système a progressivement pris fin dans les années  1990

 

Une des principales conséquences de l'affirmative action fut d'ouvrir les portes des grandes universités aux minorités, notamment aux femmes et aux Noirs. La hausse du niveau d'éducation en est une conséquence directe. Alors qu'en 1960, 3% des Noirs possédaient un diplôme universitaire (contre 8% des Blancs), 8% en étaient titulaires en 1980 et 13% en 2008 (contre 23% des Blancs). Certains surent profiter de l'ouverture de domaine très exclusifs  comme la conquête spatiale. En 1983, le pilote de chasse Guion Bluford devint ainsi le premier astronaute noir, suivi en 1991 par Mae Jemison, une Afro-Américaine docteur en médecine. 

 

b) La naissance de l' "hyper ghetto" :

 

Tout a débuté lorsque la Commission Kerner, après les émeutes raciales de 1960, rendait son rapport en mars 1968, ses conclusions étaient que les États-Unis allaient vers une société double, l'une noire, l'autre blanche, séparée et inégale. L'une des raisons majeures à ce fait, identifié par la commission, était la ségrégation résidentielle. Bien sûr la ségrégation résidentielle par race a été plus faible en 1980 qu'elle ne l'était en 1970 ou en 1960, mais il n'y avait presque pas d'amélioration en matière d'intégration au cours de la décennie précédente. Une étude des tendances de la ségrégation résidentielle dans les années 1970 s'est basée sur les données obtenues des voies de recensement de 1960, 1970 et 1980 de la population et du logement sur le niveau des régions métropolitaines statistiques dans 11 États. Elle a mesuré l'exposition à des membres d'un autre groupe racial. Les résultats indiquent la redistribution de la population blanche vers les quartiers plus intégrée accélérée dans les années 1970 et une proportion importante de la population noire qui s'est éloigné et a créé des ghettos, où l'exposition de race blanche était relativement faible. La ségrégation des Noirs et des Blancs (les Hispaniques y compris) est légèrement plus élevé dans les zones métropolitaines ayant une population hispanique important, toutefois la ségrégation des Noirs et des Blancs dans ces régions est sensiblement plus élevé.


Rappel : Ghetto : Est un quartier d'une ville habité par une minorité isolée de la population.

 

             Malgré l'affirmative action, les perspectives sont restées bouchées pour ceux qui se trouvaient en bas de l'échelle sociale. Les années 1970 ont vu se creuser un fossé de plus en plus grand entre une classe moyenne noire qui a su améliorer ses conditions de vie en profitant  de l'ouverture du système économique, et une classe prolétaire noire (personne vivant que de son salaire et dont le niveau de vie est en général bas), 31 % des Afro-Américains vivaient au-dessous du seuil de pauvreté en 1976, c'est dû principalement à la raréfaction des emplois peu ou pas qualifiés dans les centres-villes, liée au déplacement loin des agglomérations des activités manufacturières désormais hors d'atteinte géographique pour les jeunes Noirs et Hispaniques urbains déscolarisés. L'explosion du chômage qui s'en est suivi a favorisé l'essor des activités délictueuses et criminelles, en particulier le commerce de la drogue, qui est devenu une activité à grande échelle à partir des années 1970. Le départ des classes moyennes vers des quartiers résidentiels a également contribué à isoler les populations les plus démunies. Tant qu'elles étaient encore là, il subsistait des institutions viables (écoles, églises, magasins) qui tiraient leur stabilité et leurs revenus de la présence de familles salariées tout en bénéficiant aux plus pauvres. Enfin, la forte augmentation du nombre de mères seules noires a également contribué à fragiliser économiquement les familles en question. En 1940, 18% des foyers noirs étaient monoparentaux (dirigés par la mère), contre 28% en 1970, 42% en 1983 et 70% aujourd'hui (mais 35% pour les familles blanches). La situation économique est certainement à prendre en compte : le taux de chômage des hommes jeunes tend à limiter leur capacité à faire vivre une famille, et cette grande fragilité économique les rends très réticents à l'égard d'un engagement martial   Mais s'il y a moins d'hommes sur le "marché matrimonial", c'est aussi en raison du nombre de jeunes hommes noirs décédés ou incarcérés (un jeune noir sur dix est en prison contre un jeune blanc sur cent dans les 20-34 ans). Cette situation sociale marquée par une extrême insécurité sociale et une forte discrimination raciale dessine le ghetto noir contemporain, que certains sociologues appellent l' "hyper-ghetto".

 

Dans les ghettos noirs des années 1970 l'entraide familiale, l'aide sociale, le travail au noir et les activités parallèles (trafic, drogue, prostitution, vols, escroqueries à l'assurance) constituaient donc, des moyens de survie. L'économie criminelle de la drogue a accru la violence de manière catastrophique, sapé les relations familiales et découragé le travail légal. A cela s'est ajoutée l'épidémie du SIDA, à partir des années 1980, qui a touché de manière disproportionnée les ghettos et accentué leur détérioration sanitaire.  Les écoles publiques des ghettos, vétustes, surpeuplées et ségréguées, ont souffert des restrictions budgétaires des villes, elles-mêmes en difficulté financière. Le taux d'échec scolaire était déjà très élevé et les enfants souvent livrés à eux-mêmes. C'est dans ce contexte qu'est née la culture hip-hop (rap, graffiti, break-dance, etc.) qui est devenu un mode de vie pour une partie de la jeunesse noire et hispanique. Certains groupe de rap comme Public Enemy  de New York, ont exprimé une rage militante engagée. 

 

Bronx

 

 c) Les conquêtes politiques des afro-américains et difficultés sociales

 

           L'évolution des afro-américains se suivit, en particulier à Chicago, où Harold Washington fut élu maire en 1983, premier Noir à occuper cette fonction. Après une longue carrière dans les arcanes d'une cité aux mœurs politiques féroces, il dut batailler tout au long de son premier mandat contre une partie des élus démocrates qui lui étaient hostiles. Réélu maire en 1987, le populaire H. Washington mourut d'une crise cardiaque peu de temps après, au grand désarroi des habitants noirs de Chicago.  

 

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           Cette présence politique noire dans les municipalités n'était cependant pas sans ambiguïtés. Elle s'accompagnait en effet d'un appauvrissement des grands centres urbains, désertés par les sièges des grandes entreprises et les classes moyennes blanches. Les villes manquaient de revenus pour mettre en place des programmes d'aide efficaces et durables aux populations démunies qui continuaient  d'y résider. Les émeutes qui éclatèrent à Los Angeles en 1992 révélèrent la persistance des difficultés socio-économiques des habitants des ghettos et l'impuissance des maires des grandes villes, y compris des maires noirs, à y remédier durablement. Mais l'affaire Rodney King cristallisa le mécontentement et la frustration des Noirs, particulièrement des plus pauvres. Tout commença par l'arrestation de Rodney King, un automobiliste noir, et son passage à tabac par la police de Los Angeles en mars 1991. L'affaire aurait été relativement "banale" si elle n'avait pas été filmée par un vidéaste amateur et montrée sur les écrans du monde entier. Le scandale fut national : un parti important de la pression et de l'opinion publique demandèrent la démission du chef de la police de Los Angeles et des sanctions à l'égard des quatre policiers fautifs. Or, leur procès en avril 1992, se solda par un acquittement. Ce verdict étonnamment clément suscita la colère des Afro-Américains, et plongea Los Angeles dans une grave émeute : en quatre jours, on compta 38 morts, 4 000 arrestations, 3 700 immeubles incendiés et plus de 500 millions de dollars de dégâts. Cette affaire démontra qu'en dépit des avancées politiques, la situation des ghettos urbains demeurait difficile, notamment les relations avec la police. (Ci-dessous, extrait de la vidéo amateur du passage à tabac de Rodney King).

 

 

 

        Pour commencer, 2008 est d'ores et déjà une grande date de l'histoire des américains. Ce que nul n'osait imaginer il y a peu, ce que Martin Luther King n'envisageait ni de son vivant ni de celui de ses enfants, est arrivé : Barack Obama, un Noir dont la famille paternelle est kényane " Je suis fils d'un Noir du Kenya et d'une Blanche du Kansas. J'ai été élevé par un grand-père blanc qui a survécu à la Grande Dépression puis a servi dans l'armée de Patton pendant la Seconde Guerre Mondiale et par une grand-mère blanche qui a travaillé dans une usine de bombardiers [...] pendant que lui était de l'autre côté de l'océan. Je suis allé dans des écoles parmi les meilleures d'Amérique et vécu dans l'un des pays les plus pauvres du monde. Je suis marié à une Noire américaine qui porte en elle le sang d'esclaves et de propriétaires d'esclaves [...] C'est une histoire qui n'a pas fait de moi le candidat conventionnel. Mais c'est une histoire qui a inscrit jusque dans mes gènes l'idée que cette nation est plus que la somme de ses composantes ", a été élu président des États-Unis le 4 novembre, au terme d'une campagne qui a captivé le monde entier. Pendant les primaires démocrates, Obama avait dû affronter une redoutable concurrente : Hillary Clinton, épouse de l'ancien président. Au printemps 2008, Obama l'emporta finalement, en mobilisant davantage de ressources financières et surtout militantes : il sut mettre à profit, en particulier, les réseaux Internet pour recruter et organiser des équipes militantes qui quadrillèrent le pays d'une manière systématique  C'est certainement la personnalité charismatique d'Obama, plutôt que ses propositions, qui électrisèrent les électeurs démocrates et lui permirent de distancer sa rivale. L'organisation  électorale construite par Obama est sans contexte la plus sophistiquée, la plus huilée, la mieux financée que la politique américaine ait jamais connue. A l'automne, elle tourna à plein régime contre  le candidat républicain John McCain, qui fut nettement battu le 4 novembre (365 grands électeurs contre 173), y compris dans des États historiquement républicains comme la Virginie.  La crise économique qui a éclaté pendant la campagne présidentielle a nettement contribué à la victoire d'Obama, en ralliant à lui une fraction de l'électorat blanc modeste, jusque-là réticente en raison de sa couleur de peau. Obama a su admirablement profiter de la situation en blâmant l'administration républicaine et en insistant sur le rôle redistributeur et régulateur de l’État. Cependant, le candidat Noir a pris garde à ne pas apparaître comme le candidat des Noirs, encore moins des Noirs pauvres, et son programme est resté évasif à leurs sujets. Il a préféré se présenter comme l'homme de la réconciliation, que ses origines incarnent, entre Noirs et Blancs. Les Noirs ont vote Obama dans des proportions record, voisinant les  90%.  Obama fut réélu le 6 novembre 2012 face à Romney (ci-dessous les résultats des élections américaine en 2012).

 

election

 

            Si les Noirs américains  sont dans leurs grande majorité fiers des progrès accomplis depuis un demi-siècle, de leur représentation politique et de leur forte visibilité dans les domaines culturel et sportif, ils sont aussi inquiets de leur situation sociale, de l'avenir de leur enfants et beaucoup ont le sentiment que leurs espoirs d'ascension sociale n'ont été que des mirages. 

 

Obama

 

Sources

Commentaires (1)

1. Ines presso 08/02/2017

Bonjour, je m'appelle Mimmie Matty et je suis très gentil. J'aime aider les enfants a l'aide de baguette magique

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